La Présence éveillée, source du sens de notre vie. 

 

 

 La fleur s'épanouit et son parfum se répand dans le vent.

Un parfum non dirigée ni adressée,

elle se déploie sans bruit jusqu'aux confins de notre vie.

L'Assise silencieuse du Bouddha est une floraison interne...

 

 

Chaque instant de notre vie est un instant favorable à la pratique...

Que l’on soit assis, que l’on soit debout ou que l’on soit couché,

chaque instant de notre vie, chaque posture,

chaque attitude est un moment favorable à la pratique...

 

Nous avons l’habitude d’agir par mécanisme et automatisme.

Au point de perdre cette présence essentielle. 

Au point de tomber dans la confusion...

 

La pratique de l’Assise nous invite à revenir à cette présence douce et délicatesse,

mais en même temps avec beaucoup de force...

Bien qu’en apparence la posture peut paraître très immobile,

 il y a énormément de dynamisme dans notre pratique ;

et ce dynamisme nous empêche de tomber dans la confusion,

dans la rigidité et dans l’immobilisme interne.

Celui-ci nous évite de stagner dans nos pensées,

de stagner dans nos attitudes émotionnelles...

 

L’Assise du Bouddha, c’est s’asseoir telle une fleur où chaque instant de notre pratique est un renouveau,

comme la saison du printemps, où après un long sommeil la nature s’éveille...

 

Et la fleur que nous sommes tend à manifester une extrême sensibilité... 

Une sensibilité qui se manifeste à travers l’éclosion de cette fleur d’éveil qui tend à s’ouvrir. 

 

Au début, ce n’est qu’une graine plantée dans la terre.

Une fois que les conditions sont favorables,

cette graine commence à germer et à pousser.

 La tige perce parfois péniblement la terre... 

Petite pousse fragile, qu'un rien pourrait faire mourir. 

Et pourtant, cette fleur trouve son chemin,

s’épanouit en silence, discrètement. 

 

Des jours passent, et parfois à l’indifférence du monde,

cette fleur d’éveil pousse progressivement, pas à pas... 

 

Pour qu’elle puisse s’épanouir, il faut que les conditions soient favorables :

il faut nécessairement du soleil, de la pluie,

une terre propice et qui ne soit pas aride, une terre fertile...

L’eau, le vent, la lumière, les papillons qui viennent visiter chaque fleur..

L’éclosion d’une fleur, n’est rien d’autre qu’un éveil... 

 

Chaque fleur qui éclot est un instant d’éveil ;

est la résonnance avec cet éveil...

 

Certaines fleurs diffusent un parfum très subtil,

mais tout s’exprime dans un profond silence.

Même dans un froid hivernal, certaines fleurs poussent...

 

Quand la fleur éclot, elle s’ouvre et offre son cœur à la vue de tous,

permettant aux insectes, aux abeilles, aux papillons de venir s’y poser,

pour puiser son nectar... Mais quand les insectes viennent butiner le cœur de la fleur,

ils ne la détériorent pas. Ils ne causent aucun trouble... 

 

Puis cette fleur continue à embellir et parfumer le monde dans un profond silence,

une présence, même parfois dans le profond silence d’un froid hivernal...

 

La pratique de l’assise silencieuse est comme le printemps,

c’est un renouveau constant.

Et dans ces moments favorables de notre vie,

nous devons déposer cette fleur dans certaines de nos blessures,

afin qu’elle puisse s’épanouir. 

 

Dans ces moments favorables, nous dit maître Dôgen,

il y a "une fleur aux cinq pétales" qui éclot...

Et lorsque cette fleur de prunier vient à s’épanouir,

elle gratifie tous les êtres de son parfum et de sa beauté... 

 

Même le vieux prunier dans le jardin ne cesse d’offrir...

 

Mais l’homme blasé, pris dans la confusion et le divertissement,

ne prête point attention à l’éclosion des fleurs ;

à la beauté d’une fleur de prunier...

 

 Le sage contemple la fleur. Il l’observe longuement et se laisse imprégner de son parfum... 

 

L’homme confus, lui, aura tendance à vouloir la saisir ;

à la cueillir pour se l’approprier...

 Pourtant aucune de ces fleurs ne nous appartient... 

 

- A-t-on vraiment besoin de cueillir une fleur pour apprécier son parfum ? 

- A-t-on vraiment besoin de la couper, de l’arracher à la source pour apprécier son parfum ? 

 

Alors qu’il suffit simplement d’être avec... 

D’être là, disponible...

 

Même dans un profond silence hivernal les fleurs de prunier

diffusent leur parfum de façon inaudible...

Et tous les êtres sensibles peuvent apprécier son parfum...

 

Alors asseyez-vous telle une fleur de prunier ! 

Une fleur qui pousse au sein d’un profond silence hivernal...

Sur cette neige profonde, d’une blancheur immaculée...

 

Et dans ce silence assourdissant, une fleur éclot et le monde se lève...

Le monde s’éveille, tel un printemps...

Tel un renouveau... Il n’est nullement nécessaire de vouloir la cueillir...

Nullement nécessaire de vouloir s’approprier cette fleur... 

 

Elle ne nous appartient pas !

 

 

Source du texte  : Heido Mériadec, 

Baika, Fleur de prunier ©️