La Méditation "Bouddhiste, tradition des anciens”


Au cœur de la méditation bouddhiste, l'art de cultiver l'harmonie et l'équilibre du CORPS-ESPRIT.

 Zazen n'est pas une méthode pour penser la réalité, ou pour comprendre nos vies. Lorsqu'on pratique zazen, on est assis dans la réalité elle-même. Lorsqu'est assis dans la réalité, on peut se reconnaitre soi-même, se voir soi-même assis dans la réalité, et voir le monde extérieure tel qu'il est. Alors peut-on découvrir que le monde extérieur n'est pas du tout "extérieur" mais qu'il nous inclut et nous enveloppe. Ainsi en zazen peut-on étudier la réalité qui nous inclut ; il devient possible de ne faire plus qu'un avec la réalité. 

 

En zazen, on n'a pas besoin de penser, ni de ressentir volontairement. On est simplement assis. On s'assied avec sincérité, avec tout son corps-esprit. S'asseoir n'est penser et ce n'est pas non-penser. C'est quelque chose qui transcende autant la pensée que la sensation, et qui est l'action. C'est "différent de la pensée". Tel est le secret de zazen. 

 

 "La pratique de zazen repose sur un engagement libre, conscient et non-violent, loin de toute mortification ou de tout moyen pour obtenir quelque chose. Le corps et l’esprit en unité s’ancrent dans une méditation sans intention et totalement silencieuse. Il s’agit seulement instantanément de s’harmoniser avec le réel tel qu’il est dans un mental équilibré par la pratique." 

 

Citations du Maitre zen Gudo Nishijima Rôshi.  

 

 

Extraits d'un enseignement de Ajahn Sumedho.

 

Ajahn Sumedho est né à aux Etats-Unis en 1934. Après avoir passé 4 ans dans la Marine Américaine, il termine ses études à l'Université de Berkeley en Californie. En 1966, il part en Thaïlande pour étudier la méditation à Wat Mahathat à Bangkok. Peu de temps après il est ordonné novice dans un monastère du Laos a Nong Khai et en 1967 il reçoit l'ordination de moine (bhikkhu). Après avoir pratiqué seul pendant une année, il ressent la nécessité d'un maître. Par une rencontre fortuite avec un moine qui visite son monastère, il est amené à rencontrer Ajahn Chah et à pratiquer pendant dix ans sous sa direction dans la province de Ubon. En 1975, Ajahn Sumedho à l'invitation d'Ajahn Chah établit Wat Pah Nanachat , monastère international de la forêt où les occidentaux peuvent suivrent la discipline monastique. En 1977, il accompagne Ajahn Chah en Angleterre et s'y établit accompagné de trois autres moines. En 1979, Ajahn Sumedho fonde Chithurst Monastery , un Monastère de la Forêt dans la tradition d'Ajahn Chah. Il est le chef spirituel de plusieurs monastères en Angleterre, en Italie, en Suisse ainsi qu'en Nouvelle Zélande et aux Etats-Unis. Il vit actuellement à Amaravati , un monastère de la Forêt qu'il établit en 1984.

Ajahn Sumedho reçoit le titre d' Upajjhaya en 1981, ce qui lui permet d'ordonner plus d'une centaine de moines de toute nationalité. En 1992, il est le premier moine occidental à être honoré du titre ecclésiastique de Phra Sumedhachariya.

 

Qu'est ce que la méditation par Ajahn Sumedho ?

 

Le mot « méditation » est très utilisé de nos jours et recouvre une grande variété de pratiques.

Dans le bouddhisme, ce mot désigne deux sortes de méditations, l’un est appelée « samatha » et l’autre « vipassana ».

1) La méditation samatha

 

La méditation samatha consiste à concentrer le mental sur un objet plutôt que de le laisser errer vers d’autres choses. On choisit un objet comme la sensation de la respiration, et l’on porte pleine attention aux sensations de l’inspiration et de l’expiration. Probablement qu’à travers cette pratique vous commencerez à faire l’expérience d’un mental calme, et vous deviendrez tranquille parce que vous coupez court à toutes les autres choses qui viennent à travers les organes des sens.

Les objets dont vous vous servez pour être tranquille sont tranquillisants (inutile de le dire !).

 

Si vous voulez avoir un mental agité, allez vers quelque chose d’excitant, n’allez pas dans un monastère bouddhiste, allez à la discothèque !... C’est facile de se concentrer sur l’excitation, n’est-ce pas ? C’est une vibration si forte qu’elle vous prend entièrement. Si vous allez au cinéma et qu’il s’agisse vraiment d’un film d’action, vous êtes captivé. Vous n’avez pas besoin de faire un effort pour voir quelque chose de très excitant, de romantiques ou plein d’aventures.

Mais de voir un objet tranquillisant peut être terriblement ennuyeux si vous n’y êtes pas habitué. Qu’est-ce qui est plus ennuyeux que de suivre sa respiration si vous êtes habitué à des choses plus excitantes ?

Ainsi pour ce genre de choses, il vous faut faire un effort du mental parce que la respiration n’est pas en soi une chose intéressante, ni romantique, ni aventureuse, ni brillante, elle est juste comme elle est. Alors vous devez faire un effort parce que vous n’êtes pas stimulé de l’extérieur.

 

Dans cette méditation, vous n’essayez pas de créer une image, vous vous concentrez sur la sensation ordinaire de votre corps tel qu’il est juste en ce moment afin de soutenir et garder votre attention sur votre respiration.

Quand vous faites cela, la respiration s’affine de plus en plus et vous vous calmez. Je connais des gens qui ont prescrit la méditation samatha pour soigner l’hypertension parce qu’elle calme le coeur. Voilà ce qu’est la pratique du calme. Vous pouvez choisir divers objets de concentration, vous entraîner à soutenir l’attention jusqu’à l’absorption ou jusqu’à devenir un avec l’objet. Actuellement, vous ressentez une impression d’unité avec l’objet sur lequel vous vous êtes concentré et c’est ce que nous appelons absorption.

 

2) Vipassana

 

L’autre pratique est appelée « vipassana » ou « méditation de la compréhension profonde ».

Avec cette méditation, vous laissez le mental s’ouvrir à tout ce qui se présente.

Vous ne choisissez pas un objet particulier pour vous concentrer ou vous y absorber, mais vous regardez bien afin de comprendre comment sont les choses. Maintenant, ce que nous pouvons voir au sujet de comment sont les choses est que toute expérience des sens est non permanente. Tout ce que vous voyez, entendez, sentez, goûtez, touchez, toutes les conditions du mental, vos sensations, souvenirs, vos pensées, sont des conditions changeantes du mental qui surgissent et disparaissent. En vipassanâ, nous prenons cette caractéristique de la non permanence (ou du changement) comme un moyen de regarder toute expérience sensorielle que nous pouvons observer pendant que nous sommes assis en méditation.

 

- La non permanence (anicca)

 

Ce n’est pas qu’une attitude philosophique ou une croyance en une théorie bouddhique particulière : il faut connaître la non-permanence depuis l’intérieur de soi en laissant le mental s’ouvrir pour contempler et être conscient de la manière dont les choses sont vraiment. Ce n’est pas une manière d’analyser les choses où l’on suppose qu’elles doivent être ainsi et quand elles ne sont pas ainsi, d’essayer d’imaginer pourquoi les choses ne sont pas de la manière dont on le souhaiterait. Avec la pratique de la compréhension intérieure, nous n’essayons pas de nous analyser ni même de changer quoi que ce soit pour que cela corresponde à nos désirs.

 

Dans cette pratique, nous nous contentons d’observer patiemment que ce qui survient disparaît, que ce soit mental ou physique. Ainsi cette pratique inclut les organes des sens eux-mêmes, les objets des sens et la conscience qui naît à leur contact.

 

Il y a aussi les conditions mentales d’aimer ou de ne pas aimer ce que nous voyons, sentons, goûtons, ressentons ou touchons ; les noms que nous leur donnons ; et les idées, les mots et les concepts que nous créons autour de l’expérience sensorielle.

 

La plus grande partie de notre vie est basée sur de fausses assomptions que nous fabriquons de toutes pièces en ne comprenant pas et en n’explorant pas vraiment les choses telles qu’elles sont.

Ainsi pour quelqu’un qui n’est pas éveillé et conscient, la vie tend à devenir déprimante ou déroutante, spécialement quand on a des déceptions ou que des tragédies nous arrivent. Alors on se sent submergé parce qu’on n’a pas observé les choses telles qu’elles sont. Dans la terminologie bouddhique, nous utilisons le mot Dhamma (ou Dharma) qui signifie « les choses telles qu’elles sont », « les lois naturelles ». Lorsque nous observons et « pratiquons le Dhamma », nous laissons le mental s’ouvrir aux choses telles qu’elles sont.

 

De cette manière nous ne réagissons plus de manière aveugle à l’expérience des sens, mais nous la comprenons et à travers cette compréhension nous commençons à lâcher prise de cela. Nous commençons à nous libérer du fait d’être juste submergé ou aveuglé et rendu confus par l’apparence des choses. Maintenant, être conscient et éveillé n’est pas une façon de « devenir » mais une façon « d’être ». Ainsi nous observons les choses telles qu’elles sont en ce moment présent plutôt que de faire quelque chose maintenant qui doit devenir conscient dans le futur.

 

Nous observons le corps tel qu’il est en étant assis ici. Il appartient complètement à la nature, n’est-ce pas ? le corps humain appartient à la terre, il a besoin d’être soutenu par des choses qui viennent de la terre.

Vous ne pouvez pas vivre seulement d’air ou ne pouvez pas importer de la nourriture depuis Mars ou Vénus. Il vous faut bien manger les choses qui poussent sur cette Terre.

 

Quand le corps meurt, il retourne à la terre, il pourrit, se décompose et devient à nouveau un avec la terre. Il suit les lois de la nature, de la création et de la destruction, naître et ensuite mourir.

Chaque chose qui naît ne reste pas de manière permanente dans un état donné ; il grandit, vieillit et ensuite meurt. Toutes les choses dans la nature, même l’univers lui-même, ont leur temps d’existence, naissance et mort, commencement et fin. Tout ce que nous percevons et pouvons concevoir est changement ; c’est non permanent. De telle sorte que rien ne peut nous satisfaire de manière permanente.

Dans la pratique du Dhamma, nous pouvons observer cette insatisfaction de l’expérience sensorielle. Il suffit simplement de noter dans votre propre vie, les moments où vous vous attendez à retirer de la satisfaction des objets sensoriels ou des expériences dont vous pouvez être temporairement satisfait, dont vous pouvez peut-être être content, et ensuite cela change.

 

 

Cela est dû au fait qu’il n’y a aucun point qui ait une qualité ou une essence permanente dans la conscience des organes des sens. Ainsi l’expérience des sens est toujours changeante et si nous sommes ignorants ou que nous ne comprenons pas cela, nous avons tendance à en attendre beaucoup. Nous avons tendance à demander, à espérer et à créer toutes sortes de choses pour être en fin de compte terriblement déçus, désespérés, remplis de tristesse et de peur. Ces attentes et ces espoirs nous conduisent au désespoir, à l’angoisse, à la tristesse, vers la douleur, la lamentation, la vieillesse, la maladie et la mort. Maintenant il y a un moyen d’examiner la conscience des organes sensoriels.

Le mental peut penser en termes d’abstractions, il peut créer toutes sortes d’idées et d’images, il peut rendre les choses très raffinées ou très grossières.

 

Il y a toute une gamme de possibilités depuis les états très raffinés de grande joie et d’extase jusqu’à des états pitoyables très primaires et douloureux : du paradis jusqu’à l’"Enfer", en utilisant une terminologie plus imagée.

Mais, il n’y a pas d’Enfer permanent ni de Paradis permanent ; en fait, on ne peut percevoir ni concevoir d’état permanent.

 

- anatta  

Dans notre méditation, une fois que nous commençons à nous rendre compte de ces limitations, l’insatisfaction, la nature changeante de toute expérience des sens, nous commençons à nous rendre compte que ce n’est pas moi ou à moi, c’est « anattâ », le non-soi.

 

Ainsi en nous rendant compte de cela, nous commençons à nous libérer de l’identification avec les conditions sensorielles.

 

Maintenant, on ne fait pas cela en ayant de l’aversion contre ces choses mais en comprenant comment elles sont. C’est une vérité qu’il faut expérimenter, ce n’est pas une croyance. « anattâ » n’est pas une croyance bouddhique mais une réalisation véritable.

 

Maintenant si vous ne consacrez jamais aucun moment dans votre vie à essayer d’explorer et de comprendre cela, vous vivrez probablement toute votre vie dans l’hypothèse que vous êtes votre propre corps. Même s’il se peut qu’à un certain moment vous pensiez « Oh, je ne suis pas mon corps », vous lisez de la poésie inspirée et vous avez un nouvel angle philosophique. Il se peut que vous pensiez que c’est une bonne idée que l’on ne s’identifie pas avec son corps mais vous ne vous êtes pas vraiment « rendu compte » de cela. Même si quelques personnes, des intellectuels, disent « Nous ne sommes pas le corps, le corps est non-soi », c’est facile à dire mais connaître vraiment cela, c’est une autre paire de manches !

 

À travers la pratique de la méditation, à travers l’investigation et la compréhension des choses telles qu’elles sont ; nous commençons à nous libérer de l’attachement.

 

Quand nous n’attendons plus rien ou ne demandons plus rien, alors naturellement nous ne ressentons pas le désespoir et la douleur résultant du fait que nous n’obtenons pas ce que nous désirons.

 

La réalisation de la méditation : nibbana

 

Ainsi, c’est le but, Nibbâna ou la réalisation de ne s’attacher à aucun phénomène qui a un commencement et une fin.

 

Quand nous lâchons prise de cet attachement insidieux et habituel à ce qui naît et meurt, nous commençons à réaliser le « non-mort ».