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Taisho - Taïun du - 05.04.2021 L’océan de la nature de Bouddha.

 Taisho - 05.04.2021 

L’océan de la nature de Bouddha.

 

Le kōan de la rencontre entre le treizième patriarche, le vénérable Kipimala et son maître (Ashvagosha), tel qu’il est relaté dans le Denkoroku ( Recueil de la transmission de la lumière) par maitre Keizan est le suivant : Un jour alors que le douzième patriarche Ashvagosha parlait de l’océan de la nature de Bouddha, il dit : “ les montagnes, les rivières, la vaste Terre, toutes sont établies en relations d’interdépendance avec la nature de Bouddha ”.

 

Il n’y a absolument rien à enlever, ni la moindre chose à ajouter - le sens de la nature de Bouddha est peut-être résumée ainsi dans cette courte phrase. L’océan de la nature de Bouddha n’est pas une entité métaphysique ou quelque chose que l’on puisse s’approprier, définir, peut-être l’expérience d’une existence vivante et ouverte dans laquelle tous les êtres sont reliés les uns aux autres. Une expérience ouverte à l’illimité ou “la véritable “nature de la nature” où rien n’est caché derrière les éléments naturels de notre monde.

 

D’ailleurs, le fait que les éléments ou les phénomènes apparaissent en relation d’interdépendance avec la nature de Bouddha, ne signifie pas non plus qu’il y a séparation, qu’il y ait d’un coté les montagnes et les rivières, puis de l’autre la nature de Bouddha. Bien au contraire, il n’y a aucune séparation entre les phénomènes et la nature de Bouddha. De même que la formation des innombrables vagues sur l’océan ne sont pas seulement interdépendants à l’océan, mais elles sont l’océan lui-même, qui prend forme de vagues, comme la nature de Bouddha prend forme dans la totalité des existences animées et inanimées.

 

C’est le sens du célèbre soutra du cœur : 

les phénomènes ne sont pas différents de la vacuité, la vacuité n’est pas différente des phénomènes, ni différent ni séparé. Shiki soku ze ku, ku soku ze shiki.

 

Alors sommes-nous des petites vaguelettes à la surface du vaste océan ?

 

Maintenant continuons un peu nos questionnements sur cette célèbre affirmation : « Tous les êtres sont la nature de Bouddha ». Cette célèbre affirmation est à mon sens bouleversante, elle nous ouvre à une profonde réalité.

 

Est-ce quelque chose de réel ? Plus concrètement, y aurait il des signes susceptibles de nous révéler cette présence ?

 

Si celle-ci constitue l’essence de la nature fondamentale de l’esprit, comme certains anciens traités bouddhiques nous le dévoilent, peut-être faut-il expérimenté dans notre assise en profondeur la nature profonde de la conscience afin d’éclaircir cette brume d’ignorance et rendre manifeste ce qui a toujours été là, vivant et insaisissable.

 

Mais pour le moment, je préfère rester sur un peut-être, afin de laisser libre l’expérience de cette réalisation, vous laissant ainsi à vos réflexions.

 

L’océan de la nature de Bouddha, soulève un grand nombre de débat et de questionnement très complexes, questionnements auxquels je n’ai pas la prétention de pouvoir y répondre.

Mais comme l’enfant jadis de mes souvenirs, nous cherchons parfois des réponses sur le bord du rivage, contemplant les vagues sur l’océan, sans jamais vraiment nous mouiller. Peut-être une peur inconsciente, sachant qu’un jour il nous faudra sûrement y plonger, avec sincérité. Pourtant, nul n’échappe à la danse des phénomènes que l’on prenne parti pour l’interne, l’externe, le grand et le petit ; de toute façon, l’espace enveloppe la totalité de toutes les existences.

 

Alors pourquoi tant d’hésitations ? Pourquoi rester continuellement sur le bord du rivage ?

La réponse à nos questionnements pourrait avoir l’effet d’une bombe intérieure, car sommes-nous vraiment séparés de la totalité de l’océan de la nature de toutes choses. 

Qui répondra avec sincérité ? Je me suis moi-même posé toutes ces questions et beaucoup demeurent sans réponse.

 

Il est difficile d’aborder sincèrement certaines questions fondamentales seulement du point de vue du rivage, confortablement assis sur un gros rocher contemplant l’horizon. Soyons courageux ! Il y a un moment dans nos vies où nous devons plonger au cœur de l’océan de toutes choses, nous fondre dans l’élément primordial lui-même, d’abandonner l’observateur jusqu’à l’observation elle-même, c’est-à-dire nous fondre complètement dans l’instant et l’action du moment. Bref nous abandonner complètement au cœur de la simple assise de zazen.

 

Ainsi nous pouvons nous fondre complètement dans l’immédiateté pour rendre manifeste qu’avec la nature fondamentale de l’esprit « un plus un ne font plus qu’un» et non deux. Quel bouleversement ! La nature de toute chose transcende toute logique mathématique. Le petit esprit ne rencontre jamais l’esprit vaste, ni même le devient, les montagnes, les rivières, le ciel et les nuages sont la totalité de la nature de toute chose, et la totalité de ce continuum se situe là, dans le présent, un instant bref et dynamique.

 

Nous comparons, nous divisions, avec l’espoir de toucher la réalité des choses et peut être sortir des affres de la souffrance. Tantôt réduits à l’individualisme, tantôt aveuglés par la vue collective. Pourtant, il nous faut comprendre une subtilité : celle de transcender les notions d’individuel et de collectif. Car ici au cœur de l’océan de la nature de Bouddha, il n’y a rien à enlever, 

rien à ajouter, ni même à fabriquer.

 

Par exemple : dans la pénombre la lumière d’une bougie éclaire beaucoup d’endroits, même si l’environnement immédiat de celle-ci demeure encore modeste. Alors il suffit d’allumer plusieurs bougies pour que la lumière de chacune pénètre sans effort l’une dans l’autre. Dans chacune de ces zones de lumière, la lumière de l’une pénètre dans celle de l’autre, créant une harmonie avec une intensité variable. Voyez-vous, toute vie se développe dans l’interdépendance, c’est-à-dire en constante relation commune.

 

Pour finir, en regardant directement le réel, loin de nos histoires issu de notre théâtre interne : la liberté est là. Elle a toujours été là. Alors accordez vous un instant de réflexion, s’il vous plait : ce n’est peut-être pas la nature de Bouddha qui est en nous, mais peut-être nous qui sommes en elle, avec la totalité de toutes les existences animées et inanimées. Disons peut-être, car évitons, s’il vous plaît, toute certitude dogmatique.

 

Finalement, plus besoin de chercher à réunir ce qui n’a jamais été séparé. Ainsi, l’océan est libre de rencontrer le ciel, libre de toute opposition que nous imposons inutilement.

 

 

TAÏUN 

 

Gasshô.