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Attention et injonction : des synonymes ?

Attention et injonction : des synonymes ? 

 

Nous sous-estimons peut-être l’influence de la violence qui sévit au plus profond de nous-mêmes. De plus, des années d’injonction, de culpabilité et des peurs de toutes sortes ont eu des conséquences non-négligeables sur notre mode de fonctionnement psychologique et émotionnel, y compris dans notre propre manière d’aborder la pratique de zazen, mais aussi sur notre façon de la transmettre aux autres dans nos lieux de pratique.

 

Ce qui s’apparente parfois à des injonctions bienveillantes peuvent avoir un écho désastreux au plus profond de nous-mêmes. Depuis l’enfance nos pensées ont été conditionnées par différentes influences externes qu’elles soient sociale, culturelle, religieuse, parentale et leurs influences est considérables. Certaines alimentent encore et encore des peurs sous-jacentes y compris pendant notre assise. Alors certes toutes les injonctions ne sont pas forcément néfaste, fasse un glissement de comportement certaines injonctions sont nécessaires, et dans une relation de maître à disciple parfois celle-ci est bénéfique et compatissante. Elle peut parfois nous apporter un dynamisme et un changement radical de perception là où nous stagnons. Il y a un grand nombre de maîtres zen qui savent faire preuve d’ingéniosité dans ce domaine. Mais méfiez-vous de notre tendance à tomber dans la complaisance y compris pendant notre assise. Parfois l’esprit à besoin d’être secoué et réveillé. Vous l’avez compris ce qui définit la teneur d’une injonction, c’est l’intention qui prédomine conjointement. 

 

Mais sur le chemin qui est le nôtre, il y a également une autre piste à explorer, 

celle de nos propres peurs, car là où finit la peur, là où il y a l’absence de peur, il y a manifestement une attention sans limite ni frontière, sans aucune injonction ou une quelconque autorité pour nous rappeler de revenir à la réalité ici. D’ailleurs, le Bouddha n’a-t-il pas dit que la Voie qu’il transmet est celle de la non-peur ?

 

Alors posons-nous sincèrement la question : qu’en est-il maintenant de notre compréhension de l’attention, de la concentration et de leurs établissements

dynamiques ? D’ailleurs, l’attention et la concentration sont-ils vraiment séparés l’une de l’autre ? La flamme est-elle séparée de sa lumière ?

 

Ensuite, qu’entendons-nous par ce mot « attention » ? Y a-t-il « attention juste » lorsque je contrains mon esprit à être attentif ? Lorsque je me dis : « dois-je faire attention et contrôler celui-ci ou dois-je rester concentré ? Peut-on appeler cela de l’attention juste tel que le définit l’enseignement du Bouddha ?

 

Je ne peux que vous inviter à y réfléchir sérieusement ! Comment manifester l'état d'attention ? Croyez-vous que l’on puisse le cultiver par la récompense, la punition,

le contrôle ou toute forme de contraintes ? A mon sens, se libérer de la peur ou de cette autorité interne est peut-être le commencement d’une attention ouverte et vivante.

 

Il est possible, l’erreur que nous commettons est de pensée que l’attention est un état particulier à atteindre, que nous devons passer d’un état « À » à un celui de « B » par la contrainte ou l’injonction. Alors, l’esprit peut-il assurément prêter pleinement attention sans qu'interviennent aucune notion d’exclusion ? Beaucoup semble ignorer que notre capacité attentionnelle est une qualité inhérente de l’esprit humain. À quoi bon vouloir fabriquer artificiellement, ou même sous la contrainte, la pureté naturelle de celui-ci. Il n’y a absolument rien à ouvrir ni même à fermer au cœur d’un esprit vaste et indivisible. Pourtant nous le faisons, parfois à des fins pédagogiques mais cela comporte également des limites.

 

Alors certes, pour appréhender quelque chose, il nous faut investir un minimum d’énergie et d’attention, voire même parfois une attention complète et utiliser certaines méthodes. Mais observer votre esprit, mais également comment votre corps, comment ils réagissent à toutes vos injonctions internes et toute la violence insidieuse que cela engendre. Vous allez vous apercevoir l’extrême difficulté de l’opération et les crispations que cela peut engendrer, car l’esprit est habitué à être distrait et considérer l’injonction ou la prise de contrôle comme une solution bénéfique et nécessaire. Alors on se dit : « Je dois faire attention ! Je dois rester attentif ! » Sérieusement, pensez-vous établir un équilibre, une relation de confiance et d’intimité avec vous-même avec ce type de méthode ?

 

Peut-être que le paradoxe de l’attention est que plus on rabâche aux gens d’être attentifs pendant l’assise, moins ils auront tendance à l’être vraiment et surtout naturellement, c’est-à-dire sans crispation ni injonction néfaste et restrictive. L’injonction autoritaire finit par crisper le corps et l’esprit. Alors peut-être faut-il réadapter notre pédagogie actuelle, en intégrant certaines subtilités bien connues des anciens maîtres ? 

 

Par exemple, il apparaît intéressant de se questionner de la sorte : « Vous est-il déjà arrivé de rester là dehors en pleine nature ou sur votre coussin de lune, juste ainsi, assis dans le plus grand silence, sans que votre attention ou votre écoute interne soit fixée sur quelques chose de spécial ? En restant juste à l’écoute ouvert de ce qui se manifeste là : que se passe-t-il ?

 

Et bien, votre conscience manifeste sa simplicité fondamentale et non artificielle. Elle n’est plus confinée à des frontières, des murs restrictifs ou une voie étroite qu’on lui impose par la force ou la suggestion externe. Vous serez surpris de constater à quel point cette espace et cette ouverture manifeste une grande beauté et une immense profondeur de vision et d’écoute.

 

Taïun