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COMME UNE FLEUR

 Peu à peu le printemps approche. Les fleurs éclosent sans bruit au sommet des montagnes encore enneigées, leur doux parfum s’élève. Chaque instant de notre vie est un instant favorable à la présence attentive... Que l’on soit assis, que l’on soit debout ou que l’on soit couché, chaque instant de notre vie, chaque posture, chaque attitude est un moment favorable à la présence. 

 

Nous avons l’habitude d’agir par mécanisme et automatisme. Au point de perdre cette présence essentielle.                   Au point de tomber dans la confusion. La présence, c’est s’asseoir telle une fleur où chaque instant de notre pratique est un renouveau, comme la saison du printemps, où après un long sommeil la nature s’éveille. 

La fleur que nous sommes tend à manifester une extrême sensibilité. Une sensibilité qui se manifeste à travers l’éclosion de cette fleur, qui tend à s’ouvrir. 

 

Au début, ce n’est qu’une graine plantée dans la terre. Une fois que les conditions sont favorables, cette graine commence à germer et à pousser. La tige perce parfois péniblement la terre. Petite pousse fragile, qu'un rien pourrait faire mourir. Et pourtant, cette fleur trouve son chemin, s’épanouit en silence, discrètement. Des jours passent, et parfois à  l’indifférence du monde, cette fleur pousse progressivement, pas à pas.

 

Pour qu’elle puisse s’épanouir, il faut que les conditions soient favorables : il faut nécessairement du soleil, de la pluie, une terre propice et qui ne soit pas aride, une terre fertile. L’eau, le vent, la lumière, les papillons qui viennent visiter chaque fleur. L’éclosion d’une fleur, n’est rien d’autre qu’une naissance et une mort. Chaque fleur qui éclot est un instant d’éveil; est la résonnance avec cet éveil à la vie. Certaines fleurs diffusent un parfum très subtil, mais tout s’exprime dans un profond silence. Même dans un froid hivernal, certaines fleurs poussent.   

 

Quand la fleur éclot, elle s’ouvre et offre son cœur à la vue de tous, permettant aux insectes, aux abeilles, aux papillons de venir s’y poser, pour puiser son nectar. Mais quand les insectes viennent butiner le cœur de la fleur, ils ne la détériorent pas. Ils ne causent aucun trouble. Et cette fleur continue à embellir et parfumer le monde dans un profond silence, même parfois dans le profond silence d’un froid hivernal. Il y a ces fleurs des neiges, que l’on peut trouver dans certains recoins du monde, en altitude, où la neige vient recouvrir la vaste terre, juste à la surface. Pourtant, un petit rayon de soleil suffit à motiver cette fleur qui vient se frayer un chemin sur le parterre de neige. Mais l’homme blasé, pris dans la confusion et le divertissement, ne prête point attention à l’éclosion des fleurs ;           à la beauté d’une fleur de prunier. Le sage contemple la fleur... Rien de plus... 

 

Il l’observe longuement et se laisse imprégner de son parfum. L’homme confus, lui, aura tendance à vouloir la saisir ; à la cueillir pour se l’approprier. Pourtant aucune de ces fleurs ne nous appartient. 

A-t-on vraiment besoin de cueillir une fleur pour apprécier son parfum ?

A-t-on vraiment besoin de la couper, de l’arracher à la source pour apprécier son parfum ? 

 

Même dans un profond silence hivernal les fleurs de prunier diffusent leur parfum de façon inaudible. Et tous les êtres sensibles peuvent apprécier son parfum. 

 

Alors asseyez-vous telle une fleur de prunier ! Une fleur qui pousse au sein d’un profond silence hivernal. Sur cette neige profonde, d’une blancheur immaculée. Et dans ce silence assourdissant, une fleur éclot et le monde se lève.

 

Moine zen Heido Meriadec

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Association Bouddhiste zen MokuDo 黙 道

« Comme une Fleur » 

 

Enseignement donné dans le cadre des séances de méditation pour séniors à l’EHPAD du Village de Richwiller.