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Rentrer en lien avec l’autre, avec soi…

Très souvent mon enseignant zen Heido me parlait de l’image de la corde pour me parler de la relation/lien: Si on prend la relation comme une corde, alors deux êtres tirent sur cette corde, habités par une pulsion de survie. Chacun puisant dans sa réserve d’énergie. Les deux êtres utilisant ainsi la force de la colère, de la peur, voire de la fuite ou encore du désir de défendre et/ou d’assouvir sa position. Mais cela sera un combat sans fin avec l’un tirant puis l’autre tirant, chacun à tour de rôle voulant l’avantage… mais l’avantage sur qui ?… Chacun ne voulant pas perdre, ne voulant pas abandonner la position au bout de la corde…

Jusqu’au jour où l’un acceptera sa position. Il acceptera ses failles, sa douleur en prenant la mesure de sa place dans la relation et cessera tout combat. Il lâchera la corde, déposera les armes et enlèvera son armure. Celui qui ouvrira ses mains, pour se libérer de cette corde en apprendra ainsi sur lui-même. Il offrira aussi la possibilité à l’autre de se questionner sur ce type de relation. Ainsi cette relation pourra prendre une autre tournure et se transformera. Il n’y aura plus de notion de dualité, mais de communication réelle entre des êtres pouvant offrir la possibilité de développer une pulsion non plus de survie mais de vie. Cela permettant ainsi de reconnaître l’existence de chacun, les mains ouvertes, prêtes à recevoir sans s’approprier le lien, la corde, laissant ainsi vivre et être ce qui a toujours été là.

 

 Dans cette image de la corde comme support de la relation, Heido m’enseigne deux choses.

Premièrement, que lorsqu’il y a la corde, commence un combat pour définir la position de chacun. Chacun cherchant à défendre une position/un « je ». En plus, dans cette lutte, ce tiraillement, personne ne prend en compte que la notion même d’être est dans l’expérience de cette relation. Dans le lien à l’autre, le « je » et le

« tu » ne sont séparés que lorsqu’il y a la corde. La corde comme support de la lutte dans le jeu/ « je ».

Deuxièmement, que le lien existe par nature sans la corde et que ce lien à l’Autre a toujours été là. Donc prendre en compte que le lien est présent au-delà de la corde, me fait prendre conscience que ce qui me traverse sont des éléments qui permettent de prendre la situation et la personne dans son ensemble : la situation/ l’expérience de la relation. Ainsi, les éléments vécus sont des indices importants pour nous permettre de mieux entendre, voir, comprendre ce qui rentre en « je »/en jeu dans le lien.

 

« Les événements vécus sont la clé des évènements observés » selon Germaine Tillion ( Tillion, G., Fragments de vie, Textes rassemblés et présentés par Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 2009 - chercheuse au CNRS, spécialiste des sciences humaines, historienne et ethnologue française). Mme Tillion, au travers de ses travaux, a partagé sa vision de la recherche de la connaissance humaine en développant l’idée qu’on ne peut étudier l’humain-objet sans avoir été formé sur l’humain-sujet.

Je rejoins d’une certaine manière ce pan des sciences humaines, car je constate après mes diverses expériences que si je ne m’observe pas en tant qu’humain, que je n’observe pas ce que je vis, ce qui me traverse, me bouleverse il me sera difficile de m’inscrire dans cette lignée d’accompagnant. Si je reste dans la notion de savoir/ compréhension sans prendre en compte le vécu/expérience dans la singularité de chaque événement, je peux ainsi paraître savante mais je ne sais pas….

Il me semble donc nécessaire d’apprendre à être soi sans se laisser déborder par ce que je pense être, par ce « moi ».

 

Donc pour que les connaissances accumulées, lors de nos années de formation ou celles que l’on développe tout au long de notre vie, ces connaissances doivent prendre sens sans appropriation. Elles doivent sans cesse se nuancer au travers de chaque rencontre, de chaque sujet, de chaque histoire et chaque trajectoire de vie.

Si les connaissances restent froides, sans nuance et prise en compte dans l’expérience/le contexte, je prends le risque de devenir une savante qui analyse froidement l’Homme devant moi et je perds ainsi l’ensemble de l’individu, inscrit dans son propre parcours de vie. Ce que je crois être, dans toutes mes dimensions, vient compléter mes connaissances. Mais si la connaissance manque de vécu ou que mon vécu est pauvre en connaissance, je ne peux être un accompagnateur accompli. Heido dit : « La connaissance ne doit pas être comme une eau stagnante, sinon elle finit par devenir une eau croupie… ».

 

Je décide donc de me poser dans une nouvelle démarche: accepter de révéler mon identité propre (qui en soi n’est pas fixe) afin d’ajouter une nouvelle dimension au lien social, avec humilité et humanité sous l’aune de la vigilance constante.